Assurance vie après un cancer : ce que l’histoire de Sandra m’a appris

 Par William Galipeau-Gagnon, C.S.F. | Courtier indépendant en assurance de personnes au Québec

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Histoire réelle, racontée avec l'autorisation écrite de la cliente. Le prénom et certains détails ont été modifiés.

Après un cancer, beaucoup de gens pensent que la question de l'assurance vie est réglée d'avance : soit on n'est plus assurable, soit on prend ce qu'on nous offre sans poser de questions. Sandra pensait un peu la même chose.

Elle a été assurée, mais personne ne lui a expliqué ce qu'elle signait vraiment. On lui a fait une promesse qui n'a pas tenu. Et quand elle a voulu protéger sa fille, elle a reçu un refus qui aurait probablement pu être évité.

Je vous raconte son histoire parce qu'elle montre une chose essentielle : après un diagnostic, le produit compte, mais la qualité de l'explication qui l'accompagne compte tout autant.

2024 : un cancer, une rémission, et le besoin de se protéger

En 2024, Sandra reçoit un diagnostic de cancer. La même année, après ses traitements, elle est déclarée en rémission complète.

Comme bien des gens qui viennent de traverser une épreuve de santé, elle veut mettre de l'ordre dans ses protections. Elle fait affaire avec une compagnie d'assurance dont les conseillers offrent principalement les produits de leur propre compagnie. On lui propose une assurance vie sans examen médical.

Puis vient la phrase qui la rassure : « Dans deux ans, vous aurez droit à une meilleure protection, à meilleur coût. »

Sandra signe, confiante. Elle est assurée, et elle a un horizon : deux ans.

Ce qu'on ne lui a pas dit : la prestation différée

Ce que Sandra ignorait, c'est que son contrat comportait une prestation différée de deux ans.

Concrètement, une prestation différée signifie que pendant une période initiale prévue au contrat, le plein capital n'est pas versé dans certaines situations de décès. Le bénéficiaire peut plutôt recevoir, par exemple, un remboursement des primes payées, selon les termes du contrat.

Ce type de produit n'est pas mauvais en soi. Pour certains dossiers, c'est même une solution tout à fait appropriée. Le problème n'est pas le produit, c'est de le signer sans le savoir. Pendant cette période, Sandra croyait que sa famille était protégée pour le montant complet. Elle ne l'était pas de la même façon.

Fin 2025 : la naissance de sa fille, et un refus de trop

Fin 2025, Sandra donne naissance à sa fille. Comme beaucoup de nouveaux parents, elle veut lui offrir une protection, et une demande d'assurance maladies graves est soumise pour l'enfant.

La réponse : refus. Le motif est lié aux antécédents de cancer de Sandra.

C'est probablement le moment le plus difficile de son histoire. Ce n'était plus sa propre assurabilité qui était en jeu, c'était celle de son bébé.

À mon avis, ce refus aurait pu être évité. Chaque assureur a ses propres lignes directrices de tarification. Avant de soumettre une demande pour l'enfant, il était possible de vérifier si les antécédents familiaux déclarés posaient problème chez cet assureur. Si c'était le cas, on pouvait attendre ou regarder ailleurs. Cette vérification n'a pas été faite.

Coup de théâtre : finalement, ce sera trois ans

En 2026, Sandra approche enfin de l'échéance qu'on lui avait promise. Lors d'un suivi avec son conseiller, elle s'attend à entendre parler de cette fameuse meilleure protection à meilleur coût.

Coup de théâtre : ce ne sera pas deux ans, mais trois. Une année de plus à attendre, à payer une prime plus élevée pour une protection qu'elle comprend de moins en moins.

Un refus pour sa fille, puis une promesse qui recule d'un an : pour Sandra, c'en est trop. Elle veut un deuxième avis.

Pourquoi un refus antérieur pèse lourd

On sous-estime souvent cet aspect : un refus ne disparaît pas une fois la lettre rangée.

La plupart des questionnaires d'assurance demandent si la personne a déjà été refusée, ajournée ou acceptée avec surprime. Il faut y répondre honnêtement. Un refus antérieur devient donc une information que les assureurs suivants vont considérer, et il rend généralement le dossier plus difficile à placer.

Dans le cas de Sandra, la demande pour sa fille n'a pas seulement échoué. Elle a créé un historique qui devra être déclaré lors des prochaines démarches. C'est exactement pour cette raison que je recommande de ne jamais soumettre une demande « pour voir ». J'en parle en détail dans l'article Après un refus d'assurance vie : quoi faire maintenant.

Le rendez-vous : enfin des réponses claires

Sandra prend donc rendez-vous avec moi. Elle arrive avec son contrat, la lettre de refus pour sa fille et beaucoup de questions. Elle se sent surtout un peu perdue.

La première étape a été simple : relire son contrat avec elle, ligne par ligne. Pour la première fois, elle a compris ce que couvrait réellement sa protection, ce que signifiait la prestation différée et à partir de quand elle était levée.

Nous avons ensuite :

  • clarifié son horizon réel : à partir de quand un produit standard pouvait être envisagé pour elle, selon les critères de plusieurs assureurs, et pas d'un seul;
  • revu la situation de sa fille, en vérifiant avant toute nouvelle demande quels assureurs tiennent compte des antécédents familiaux, et de quelle façon;
  • établi un plan dans le temps : ce qu'il était pertinent de faire maintenant, et ce qu'il valait mieux revoir plus tard, au moment le plus favorable.

Ce qui a le plus changé pour Sandra, c'est qu'elle sait maintenant pourquoi chaque décision est prise. Elle n'attend plus une date qui recule : elle suit un plan qu'elle comprend.

Chaque dossier est évalué individuellement par l'assureur. Ce qui a été possible pour Sandra ne sera pas nécessairement identique pour vous. Mais la démarche, elle, s'applique à tout le monde.

Les questions que Sandra aurait aimé poser avant de signer

Si vous souscrivez une assurance après un cancer ou un autre diagnostic, posez ces questions, peu importe à qui vous parlez :

  1. Ce produit comporte-t-il une prestation différée? Si oui, pendant combien de temps, et qu'est-ce qui est versé pendant cette période?
  2. À partir de quand pourrais-je obtenir une meilleure protection, et à quelles conditions? Demandez-le par écrit.
  3. Combien d'assureurs avez-vous comparés? Une seule grille de tarification ne donne qu'une seule réponse.
  4. Mes antécédents peuvent-ils influencer une demande pour mon enfant ou mon conjoint? Vérifiez-le avant de soumettre, pas après.
  5. Que se passe-t-il si cette demande est refusée? Un refus devra être déclaré lors des prochaines demandes.

Pour mieux comprendre les différents types de produits sans examen et leurs limites, consultez le Guide complet de l'assurance vie sans examen médical au Québec. L'Autorité des marchés financiers offre aussi de l'information utile pour bien comprendre vos droits comme consommateur.

Ce que vous pouvez faire dès maintenant

☐ Ressortez votre contrat d'assurance et cherchez les mots « prestation différée », « période d'attente » ou « remboursement des primes ».
☐ Retrouvez les promesses qu'on vous a faites (meilleure protection, meilleur prix, délai) et vérifiez si elles figurent par écrit quelque part.
☐ Notez les dates clés de votre dossier : diagnostic, fin des traitements, rémission, derniers suivis.
☐ Avant toute demande pour un membre de votre famille, demandez si vos propres antécédents peuvent être pris en compte.
☐ Faites revoir votre dossier par un courtier qui compare plusieurs assureurs.

Un diagnostic ne devrait jamais vous empêcher de comprendre ce que vous signez

Sandra a fait ce qu'il fallait : elle a voulu se protéger, puis protéger sa fille. Ce qui lui a manqué, ce n'est pas la bonne volonté. C'est de l'information claire, au bon moment, et des échéances qui tiennent.

Mon rôle est de vous expliquer vos options pour que vous décidiez en toute connaissance de cause. La décision vous appartient.

Vous avez eu un cancer ou un autre diagnostic, et vous n'êtes pas certain de ce que couvre votre assurance?

Faisons le point ensemble, avant votre prochaine décision. La consultation est gratuite, confidentielle et sans engagement.

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Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace pas une consultation professionnelle personnalisée ni un avis médical.

Par William Galipeau-Gagnon, C.S.F. | Courtier indépendant en assurance de personnes au Québec
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